CHANTONS EN CHŒUR ! (The Soft Centre - 1964)
James Hadley Chase (1906-1985)
Traduit de l’anglais par André Bellac
SERIE NOIRE N°835
Un peu de littérature aujourd'hui.
Je vais vous parler d’un livre que vous n’avez aucune chance de trouver en librairie puisque Gallimard ne semble pas, à ce jour, l’avoir réédité !!!
« Ah, dis donc, Philippe, il commence bien ton article ! » me dit une petite voix intérieure.
Il faut tout d'abord que je vous raconte que régulièrement mon ami Loïc se débarrasse des vieux bouquins qui encombrent son garage ou sa bibliothèque. Je sais, Jean-François (mon ami libraire), c’est de la concurrence déloyale. Du coup, c’est ma remise qui se voit encombrée de cartons de Série Noire, de Fleuve Noir (avec les couvertures aussi sexy qui démodées. J’en reparlerai certainement), Le Masque et autres collections qui faisaient le bonheur des halls de gare dans les années 60. De temps à autre, je pioche quasi au hasard dans le tas.
Cette fois, c’est donc "Chantons en chœur !" qui est sorti du carton. Je n’avais encore jamais rien lu de James Hadley Chase. Du coup je me renseigne un peu et je trouve ce site en français :
http://perso.orange.fr/chase/ Un site en trois parties que je vous conseille de visiter pour en apprendre d’avantage sur l’auteur. Une page recense toutes les œuvres (avec une notation, ça rigole pas !) et une dernière est consacrée à des entretiens.
Ce qui m’a étonné, c’est que le bonhomme J.H. Chase est anglais alors que l’action de ses romans se déroulent visiblement tous aux Etats-Unis. Etonnant, non ?
Vous avez certainement noté que l’on est loin de la sobre couverture quasi cistercienne de la série noire. Pour le fun, voici donc la version anglaise qui a d’avantage misé sur le personnage féminin (est-ce un euphémisme, mon cher Migwell ?)
Après ces considérations futiles mais non dénuées de charme, passons au roman. L’histoire se déroule en Floride, à Spanish Bay. Là se prélasse, dans un palace avec vue sur mer, un jeune couple que la vie semble avoir privilégié. Valérie Burnell est la fille d’un richissime homme d’affaire. Je ne résiste à la tentation de vous citer la description par le père Chase dès la première page : « Elle ouvrit les yeux et contempla son corps svelte aux formes magnifiques, ses seins généreux, ainsi qu’une petite bande de chair à la hauteur des hanches, qui contrastait par sa blancheur avec le bronzage doré du reste de sa peau ». Quand on a lu ça, on vérifie que l’on ne s’est pas trompé avec un Harlequin. Mais non, rapidement l’action s’emballe. Car Chris, son mari, a des troubles mentaux et sa disparition, une nuit, coïncide avec l’assassinat d’une prostituée dans un motel. Qui est le coupable ? Chris ? Entre la police, la pègre locale, et le détective privé minable, c’est toute une fourmilière crapuleuse que cette affaire va mettre en branle. Car Valérie veut connaître la vérité pour mieux l’étouffer. Mais elle ne sait pas ou elle va mettre les pieds.
Ce qui m’a bien plu, et c’est assez typique du roman noir de cette époque (bien qu’en 1964, on en soit plutôt à la fin) c’est un certain cynisme ambiant : Il n’y a pas grand monde à racheter dans ce microcosme sordide. Evidemment, depuis la page 1, on est plutôt du côté de Valérie et de ses formes magnifiques. Et puis Frank Terrel, le capitaine de police n’est pas un mauvais bougre non plus. En même temps, on aime assez bien les personnages, ils ont tous une certaine humanité. De toute façon, à la fin, tout le monde passe à caisse et c’est parfois un peu douloureux.
Pour finir, une petite réflexion sur le titre en V.F. C’est du 100 % Série Noire cette manie de nommer un ouvrage avec un titre qui n’a rien à voir avec l’original. Par exemple, l’œuvre de Chandler, que je vénère, en a fait comme les autres les frais : Little Sister devient « Fais pas ta rosière », The Long Goodbye « Sur un Air de Navaja » etc. Cherchez le rapport !
Pour ce titre, on peut tout de même accorder à l’éditeur qu’il a lu le bouquin, car des maîtres chanteurs, y’en a une belle chorale dans le roman.
James Hadley Chase (y'a un petite air d'Howard Hugues, non ?)
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