Vous avez remarqué, du premier coup d’œil, le tréma
sur le « u » de Bienvenüe ? Bien sûr…
Moi, il m’a fallu des décennies pour découvrir cet appendice incongru sur ce que j’ai toujours (depuis la petite enfance) considéré comme un message d’accueil bienveillant.
« Bienvenue à Montparnasse » voilà ce que le petit rêveur que j’étais lisait sitôt quitté le train pour rejoindre le métro. En réalité, le Bienvenüe en question n’est autre que le nom de l’un des
inventeurs du métro parisien : Fulgence Bienvenüe.
Voilà comment on démystifie un mythe. Il n’empêche que j’aime bien ce quartier de Montparnasse. C’est Paris bien sûr, mais on est encore un peu en Bretagne, il suffit de lire les noms de certains
bistrots, de certaines rues... A la fin des années 70, quand j’ai commencé à me déplacer sans mes parents, l’étape parisienne obligée était la FNAC. L’enseigne n’existait pas en province et
proposait à l’amateur toutes sortes de raretés discographiques, en particulier un choix d’imports extraordinaire. Ca aussi, ça a bien changé… Avec les copains une fois qu’on avait dépensé nos
faibles subsides en vinyles, il nous restait encore quelques pièces pour une bière ou deux et un ticket de métro. Quant à savoir ce que nous allions bien pouvoir faire à Paris… Les vieux
monuments, déjà visités jusqu’à saturation avec nos parents, ne déclenchaient guère l’enthousiasme. Ah ! Ces jeunes provinciaux ! Ensuite, tout de même, je me suis un peu « culturé ». A moi
Beaubourg, les musées Nationaux, le musée Rodin, puis les grands concerts à Bercy… Curieusement, je n’ai jamais vraiment profité de Paris by night et je le déplore…
POUR CE DEPLACEMENT PARISIEN, aussi bref que professionnel, je n’avais pas le temps de flâner. Aller-retour dans la journée pour une réunion de 4 heures du côté de St-Denis.
J’aurais dû me douter que le trajet St-Denis-Montparnasse en une heure, un vendredi soir,
un jour de départ en vacances avec des perturbations du trafic liées aux mouvements de grève, était totalement inenvisageable. J’ai pourtant tenté l’expérience. « Ce qui ne me tue pas me rend
plus fort » disait Nietzsche.
Mes déboires en 3 étapes :
1 – j’attends le RER sur la mauvaise voie. Mais pas trop longtemps. On va donc dire que ce point ne compte pas. Le RER, perturbé, met un temps interminable à quitter la station La
Plaine-Stade-de-France. Il s’arrête finalement Gare du Nord « tout le monde descend » nous annonce-t-on ! Hé ! C’est pas ça que j’ai sur mon plan, moi ! Il faut se rendre à l’évidence, il n’ira
pas plus loin. Ma chérie m’expliquera à mon retour que la ligne B « bénéficie » d’une double exploitation : RATP intra muros, SNCF extra…
2 – me vl’à à courir à la recherche du métro. Que je prends dans le mauvais sens, direction Porte de Clignancourt. Je m’en rends compte à peine dans la rame mais trop tard : il me faut attendre
la station suivante pour prendre la bonne direction que me conduira à Montparnasse. 13 stations séparent les deux gares. C’est beaucoup… c’est trop. Parcouru de tics nerveux, je regarde l’heure
toutes les 30 secondes, et encore en me retenant de ne pas le faire plus souvent. Le métro arrive enfin à Montparnasse-Bienvenüe à moins cinq.
3 - Mon train est à 18h pile ! Je me dis, optimiste : en courant, c’est jouable. Sauf que courir dans les couloirs souterrains, à cette heure ci, c’est tout simplement impossible : la masse est
compacte et vous avez beau jouer des coudes, l’avancée est bien trop lente. En plus il y a cet interminable et long couloir. Je cours, je cours, je dévale les escaliers, je transpire, j’en ai un
point de côté mais je cours toujours car j’ai la foi : j’aurai mon train.
Hé bien non ! J’ai raté mon TGV ! A une ou deux minutes près, mais je l’ai raté !
Ne me reste qu’à prendre le suivant. Mon optimiste a totalement disparu tandis que j’éponge les litres de transpiration qui ruissellent sur mon front. Je me dirige vers la billetterie, très
sollicitée sans beaucoup d’espoir d’obtenir une place dans le train suivant. Je veux prévenir ma chérie et c’est à cet instant que mon téléphone mobile m’annonce « batterie faible » pour
s’éteindre définitivement. Le lâche ! C’en est risible. Je convaincs, non sans mal, le type derrière moi de me laisser passer un SMS sur son bel iPod. « Vous devriez mettre votre nom à la fin
du message » me conseille-t-il. Pas con !
Comment c’était déjà la pub ? « SNCF, c’est possible ! » Et, en effet, j’ai pu échanger mon billet pour le train suivant, en placement libre. « Strapontin » ils appellent ça. Comme au théâtre.
J’ai juste le temps de m’acheter un sandwich. Je suis bien tenté par la pomme, vendue par le même « relais » à 1,50 euros. A ce prix, le cageot a dû faire le trajet en taxi de Fouesnant à Quimper
pour monter en 1ère classe dans le TGV.
Ha ! Qu’il est doux de s’installer dans le moelleux fauteuil du TGV, en sachant que, dans quelques heures, l’on sera revenu à la maison. Mon Ipod sur les oreilles, de la lecture à volonté (j’ai
de quoi donner à lire à l’ensemble des voyageurs autour de moi) et un bon sandwich pour tout à l’heure… Que du bonheur.
A partir de Rennes, derrière moi, un jeune couple d’étudiants révise l’anatomie de la jambe de haut en bas. La fille est anxieuse : elle va rencontrer ce soir, en descendant du train, les parents
de son petit copain. « Et si ceci… Et si cela… » s’inquiète-t-elle . « Mais non ! » répond inlassablement le garçon. « Et puis, tu sais, à l’heure où nous arriverons, ils seront
pressés de se coucher ! »
Devant moi, il y a Paul et sa maman. Paul va
passer les vacances chez son père, à Brest. Il est bien sage sur la moitié du trajet, il mange soigneusement et écoute bien sa maman. Mais à l’heure du coucher, ce n’est plus pareil et maman
menace régulièrement Paul d’une bonne fessée « A 3, je te la donne… 1… 2… » Mais Paul, pas idiot, obtempère à la dernière seconde. C’est sympa le TGV le soir, on assiste à un petit
sitcom où chacun se raconte involontairement et discrètement. Untel téléphone pour s’assurer qu’on viendra bien le chercher à la gare, un autre rigole tout seul devant son PC, il doit regarder un
film et Paul continue à exaspérer sa maman. Dans le couloir de grands ados se poursuivent avec des bouteilles d’eau. La vie, quoi !
En descendant du train, je dis à la jeune étudiante « Vous savez, les parents de votre ami sont sûrement aussi inquiets que vous. Tout va bien se passer ». Et son copain d’ajouter :
Et puis… ils sont sympas les bretons ».
Ce n’est pas moi qui l’ai dit.
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